Même si aujourd’hui, ils ne représentent qu’une part minime du parc automobile mondial, les ventes de véhicules électriques vont inéluctablement augmenter dans les années à venir. Si l’offre actuelle reste encore limitée, tous les grands constructeurs ont pris conscience qu’ils devaient impérativement proposer ce type de produit. Mercedes vient par exemple d’annoncer en ouverture du salon de Francfort qu’ils commercialiseront 50 modèles électriques ou hybrides d’ici 2022. Ils ne sont bien entendu pas les seuls, de telles annonces ont déjà été faites par plusieurs de leurs concurrents. Les véhicules électriques engendreront de nombreux défis tant de par l’énergie permettant de les alimenter que du mode de consommation de la mobilité elle-même.

Des besoins énergétiques en forte hausse

La France et la Grande-Bretagne ont d’ores et déjà annoncé leur décision d’interdire la commercialisation de véhicules thermiques d’ici 2040. L’Allemagne semble suivre un calendrier similaire mais n’a pas encore annoncé d’échéance précise. Nous constatons depuis quelques semaines une réelle  volonté politique d’amener les consommateurs vers une mobilité verte. La Chine, sans donner également de dates, pourrait accélérer encore cette transition, permettant de part une politique plus rapide de montrer sa volonté de répondre aux exigences des accords de Paris, mais également de promouvoir ses constructeurs. En effet, ces derniers misent énormément sur l’électrification des voitures pour développer leurs marques à l’international.

Ce changement de paradigme ne peut se faire durablement que s’il est fait de manière cohérente. L’électrification du parc automobile mondial ne le sera que si l’énergie fournie aux utilisateurs est d’origine propre. A quoi bon alimenter des voitures grâce à de l’électricité produite avec du charbon ou autres énergies fossiles? Cela représente donc un important défi que les autorités doivent anticiper dès aujourd’hui.

Dans son dernier rapport annuel, le National Grid britannique, estimait que les véhicules électriques pourraient faire augmenter au minimum la demande électrique de 3,5 gigawatts par année en Grande-Bretagne d’ici 2030. Ce chiffre pourrait même grimper à 8 GW si le pays ne déploie pas un réseau électrique intelligent. En 2050, lorsque le parc automobile sera pour ainsi dire qu’électrique, la demande annuelle en électricité pourrait même être de 18 gigawatts en Grande-Bretagne. Cette perspective est toutefois la plus pessimiste. En effet, elle est calculée sur un mode de consommation identique à celui que nous faisons actuellement de nos véhicules.

Nouveaux modes de mobilité et de consommation

Heureusement, il est fort à parier que cela ne sera pas le cas d’ici là, voire bien avant cela. Même s’il est encore difficile de pouvoir estimer l’échéance de leur déploiement, les véhicules autonomes vont très certainement redessiner notre mobilité et notre mode de consommation. Selon une étude publiée cette semaine par PricewaterhouseCoopers, les solutions de partage qui devraient accompagner l’émergence des véhicules autonomes pourraient permettre une diminution de 80 millions de véhicules en Europe d’ici 2030.

Le nombre de véhicules devraient, selon cette étude, passer de 280 à 200 millions d’unités. Cette diminution n’aura toutefois pas l’impact que nous pourrions imaginer sur le trafic. Ce dernier devrait selon toute vraisemblance augmenter et se densifier. En effet, les véhicules partagés seront beaucoup plus utilisés que des voitures individuelles. PwC estime en effet qu’un véhicule partagé roulera en moyenne 58’000 kilomètres par an contre 13’000 kilomètres par an pour une voiture qui ne l’est pas.

Une des principales conséquences de ce nouveau mode de consommation sera un remplacement plus rapide du parc automobile. En effet, une voiture partagée sera remplacée toutes les 3,9 années, contre toutes les 17,3 années pour une voiture individuelle. Il devrait ainsi y avoir un tiers d’immatriculations en plus chaque année en Europe en 2030. Ceci représenterait annuellement 24 millions de nouveaux véhicules.

L’économie de partage pourrait être une des solutions pour limiter l’augmentation en électricité d’ici 2050. En effet, une gestion coordonnée de flotte entière de véhicule permettrait par exemple de planifier des recharges aux heures creuses. Il est également envisagé de pouvoir utiliser l’énergie les batteries des véhicules pour réalimenter le réseau lors de fortes demandes. Une gestion intelligente des ressources et le partage de ces dernières permettraient selon le National Grid de limiter ainsi l’augmentation de la demande à 6 GW.

Défis pour les constructeurs et pour l’emploi

En plus du défi technologique que représente l’électrification du parc automobile, les constructeurs devront également revoir le mode de production. En effet, les véhicules électriques sont plus simples à fabriquer et nécessitent de ce fait moins de main d’œuvre.

Une étude publiée cet été par l’institut Ifo estime que 600’000 emplois seraient menacés en Allemagne d’ici 2030. A l’échelle mondiale, se sont ainsi des millions d’emplois directs et indirects qui pourraient être touchés.

Cette perspective pourrait toutefois être moins catastrophique par le renouvellement rapide des véhicules imposé par les changements de consommation. D’autres emplois seront très certainement créés à travers d’autres services qui découleront inévitablement des nouveaux usages que nous ferons de nos véhicules.

Il est fréquent que l’on fasse l’amalgame entre véhicules électriques et autonomes. Ces derniers ne seront pas nécessairement électriques, tout du moins durant la phase de transition que nous vivrons durant les deux à trois prochaines décennies. L’automatisation annoncée de nos voitures générera également de nouveaux emplois et de nouveaux services qui permettront de rendre nos transports moins contraignant et fatiguant. Les nombreux acteurs qui étudient actuellement ce nouveau mode de transport savent qu’il sera source d’importants revenus.

De nombreux défis sont d’ores et déjà connus et la transition énergétique que nous apprêtons à vivre ne sera aisée. Il est toutefois nécessaire que nous puissions la faire sans tarder. L’arrivée d’une offre plus importante, mais également de véhicules offrant une meilleure autonomie convaincront toujours plus d’usagers à envisager le passage à l’électrique. Il sera dès lors primordial que les infrastructures et la gestion des ressources puissent se faire de manière cohérente et intelligente.